A quoi tient la valeur d’une œuvre ?

Suivant les moments de l’histoire de l’art, on s’est successivement référé à la richesse des matériaux, au prestige de la signature, à la qualité du thème, la dimension scandaleuse,… Ces critères semblent sans lien. Pourtant ils ont infléchi de façon déterminante la valeur des œuvres d’art.

Au XVeme siècle, on commence à distinguer la valeur brute d’une création – la somme totale des composants de l’objet – de sa valeur d’origine qui correspond au travail d’atelier dont elle résulte.
A qualité égale, le fait d’attribuer une valeur supérieure à une création parce qu’elle est associée à un nom prestigieux nous fait entrer dans « l’ère moderne de la signature et donc de la relativité, de la spéculation, du goût, du marché ».
Ce qui est embarrassant c’est que, dans cette perspective, l’aura d’une œuvre est totalement subjective. La preuve ? Si une expertise met en cause l’attribution d’une œuvre jusque-là admirée, celle-ci perd tout son prestige alors que, matériellement, elle n’a pas changé.

L’avènement de cette « ère de la signature » a eu lieu entre le XVIeme et le XVIIIeme siècle en lien avec l’autonomisation des beaux-arts par rapport aux arts « mécaniques ». Les peintres et sculpteurs ont alors défini leur valeur notamment en fonction de leur liberté créatrice, leur talent, le rapport qui s’instaure avec le commanditaire.
Ce faisant, ils ont conféré aux œuvres une valeur supérieure auréolée d’un génie moral qui était solidaire du genre de l’œuvre. En effet, une hiérarchie attribuait plus de valeur à une peinture d’histoire, une valeur un peu moindre à un portrait, moindre encore à un paysage et ainsi de suite, la valeur d’une œuvre étant finalement liée à ses vertus édifiantes.

Cette hiérarchie s’effritera progressivement jusqu’à disparaître après la Révolution du fait de la pratique des salons, de l’accession au pouvoir d’achat d’un public nouveau, la bourgeoisie, et de la multiplication des vocations favorisée par une effervescence nouvelle.

C’est aussi l’époque où apparaissent les galeristes, nouveaux intermédiaires qui parient sur des « poulains » dont la vertu majeure consiste à enfreindre les codes en vigueur, ce qui les fait percevoir comme avant-gardistes.

Parce que ce principe s’est souvent vérifié, le XXeme siècle est inquiet quant à l’incertitude de la valeur de l’art et l’accès des artistes à la postérité. De ce fait, la spéculation se fait plus présente.

Cette situation est renforcée par l’attitude des artistes qui se moquent de la pérennité, produisent des œuvres qui ne sont pas destinées aux collectionneurs (le land art), ne les ménagent pas (Delvoye, Hirst) ou les malmènent carrément en évacuant la recherche de beauté ou de séduction.

« Quand ce qui rebute et scandalise vaut davantage que ce qui remporte l’adhésion du plus grand nombre, le brouillage des repères est total. C’est Duchamp qui doit bien rire », conclut l’auteur.

Un condensé de l’article de Thomas Schlesser, Beaux-Arts Magazine 319, janvier 2011,pp. 86-87

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