Rêves de pompiers

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Il y a quelques années, j’ai lu dans une revue féminine que les hommes en uniforme faisaient aux femmes un effet particulier… surtout les pompiers. Allez savoir !

Les pompiers…

ce sont aussi les peintres qui, au 19eme siècle, ont illustré l’idéal classique en travaillant des sujets « nobles » dans un rendu d’une minutie quasi-photographique. Ces pompiers-là sont, eux aussi, fort prisés de la gent féminine.

JL Gérôme - Le Bain

JL Gérôme - Le Bain

Parmi eux, on rencontre notamment Alexandre Cabanel, Lawrence Alma Tadema, William Bouguereau, Jean-Léon Gérome dont les oeuvres sont inspirées de récits mythologiques ou historiques et qui ont apporté leur contribution à une veine orientaliste d’un idyllisme à frémir. L’expression peut s’entendre dans les deux sens opposés car si l’on est enclin à admirer la plastique des odalisques, il est clair qu’il s’agissait-là d’un Orient idéalisé à cent lieues de la réalité historique.
Ainsi, l’esclavage y est un thème récurrent. Or, c’était une pratique réelle, passée ici au crible d’une fantasmatique bien masculine. Je pense en particulier au « marché aux esclaves » de Gérôme où une esclave blanche (nue, évidemment) subit l’examen de sa dentition d’un geste que pratiquent les marchands de bétail au marché de l’Ascension. L’érotisation de la scène qu’effectue Gérôme se situe à des lieues des descriptions douloureuses qu’en a faites, par exemple, Toni Morrison dans Beloved.

JL Gerôme - Le Marché aux Esclaves

Quand on s’y connaît en art, on ne peut que mépriser les Pompiers.

Et, comme d’habitude, ici comme ailleurs, le goût du public s’oppose à celui des connaisseurs…. Car le public est ringard, on connaît la chanson.

D’ailleurs, cette appellation péjorative de « pompiers », il est clair qu’ils ne se la sont pas attribuée eux-mêmes. Elle résulte d’une dynamique banale dans le domaine des affaires humaines : celui qui « réussit » ne mérite que le mépris. Le plus grand tort des « Pompiers », c’est d’avoir joui des suffrages de la critique et du public et d’avoir obtenu des commandes institutionnelles là où d’autres ramaient. Ca fait beaucoup pour plaire à tout le monde.
On leur a donc reproché de flatter le goût bourgeois etcetera.
Quand les goûts ont évolué, on leur a aussi reproché leur mièvrerie, leur classicisme éhonté et leur cécité vis à vis du principe de réalité : la vie est moche, c’est bien connu.

Actuellement, au regard de l’art contemporain, l’art classique apparaît comme l’expression du ringard le plus absolu. Entendons-nous – j’en parlais dans le billet précédent – ce n’est pas que la figuration classique soit totalement évacuée des pratiques actuelles. Aujourd’hui, on la revêt d’un habit conceptuel et l’histoire recommence.

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Dans le cadre de l’expo « Jean-Léon Gérôme » qui vient de se clôturer au Musée d’Orsay, Telerama a posté une video consacrée aux emprunts que les arts du XXeme siècle ont faits à l’art pompier. La voici.

Je vous invite également à jeter un coup d’œil sur ce lien-ci et celui-là : ils vous guideront vers deux avis très contrastés relatifs à « l’esclave blanche » de Jean Lecomte du Noüy.
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Alors !? Pour ou contre l’esclavage ?
Tombez-vous en pâmoison devant un pompier ?
Etes-vous prête pour un voyage en Orient de carton-pâte ?

Inspirez dans les brumes du Bain Turc!

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chou

6 réponses
  • Philippe on 5 février

    Mais pourquoi sont ils appelés « pompiers »?

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    • patricia on 5 février

      Ca provient d’une raillerie à partir du terme « pompe » entendu dans le sens de « faste » : « pompier » comme variante ironique de « pompeux ».
      Selon certaines hypothèses, ce pourrait aussi être lié aux casques de pompiers qu’évoquaient ceux des gladiateurs dans des tableaux comme « Police verso » de Gérôme (celui qui est commenté dans la video de Telerama).

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  • Milady on 22 février

    je préfère les gendarmes… les pompiers d’aujourd’hui (en France) ressemblent aux chemises noires…

    http://www.youtube.com/watch?v=whiBus9Hw2w

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    • patricia on 22 février

      Certes, les gendarmes français sont mieux parce qu’ils ont découvert le secret de l’eau ferrugineuse.
      Si tu avais croisé mon pompier belge, tu te serais instantanément embrasée ;o)

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  • Denis on 26 février

    Excellent ce truc sur les pompiers – je me sens tout à coup le désir de tenir une lance en mains… Sérieusement, moi, je ne connaissais pas ce Gérôme, mais j’apprécie – je suis tout à fait d’accord avec le côté érotique du « marché aux esclaves » – cela me donne envie de me renseigner sur lui. La vidéo aussi me parle énormément puisque mon cours de rhéto fait une large place à l’intertextualité – on est en plein dedans.

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    • patricia on 26 février

      Je te voyais plutôt te renseigner sur les marchés aux esclaves ;D
      Eh bien voilà une motivation supplémentaire, Denis.
      Heureuse de t’inspirer.

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